
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotisation constitue l’un des bouleversements majeurs du XXIᵉ siècle. Les gains de productivité, la réduction des coûts, l’augmentation de la marge opérationnelle… tout cela en fait des outils irrésistibles pour les entreprises. Pourtant, une dissonance s’installe : alors que les suppressions d’emplois s’accélèrent dans plusieurs secteurs, les dirigeants persistent à affirmer que « l’IA créera d’autres emplois » ou que « les salariés seront réalloués ».
Un discours séduisant… mais très incomplet, voire parfois trompeur (L’exemple d’AMAZON : 4000 salariés dont 4000 robots pour Amazon à Metz – YouTube).
Les recherches scientifiques montrent en effet que les dirigeants tendent à minimiser les risques sociaux et à enjoliver l’impact réel de l’automatisation. Il est temps de regarder ce phénomène avec lucidité et de proposer une posture managériale adaptée, responsable et alignée.
Ce phénomène est bien documenté dans la littérature scientifique.
Selon l’étude Automation and the future of work: A social shaping perspective (2023), les dirigeants tendent à présenter les technologies comme des leviers purement positifs : efficacité, vitesse, compétitivité. Ce discours minimise les effets négatifs potentiels, non par malveillance, mais parce qu’il est culturellement inscrit dans les modèles de gestion orientés performance.
Le message implicite :
« La technologie est synonyme de progrès. Elle donnera plus qu’elle ne prendra. »
La revue scientifique The Productivity Dilemma (2024) montre que beaucoup de dirigeants adoptent une vision simpliste du futur du travail : les emplois détruits seront automatiquement compensés par de nouveaux métiers.
Or cette hypothèse est autant idéologique que factuelle : elle repose sur des scénarios économiques incertains, rarement observés dans la réalité.
Une étude récente (Organizational culture and the usage of Industry 4.0 technologies, 2024) montre que l’adoption de l’IA dépend avant tout :
Autrement dit : les dirigeants choisissent l’IA parce qu’elle correspond à leur vision du management, et non seulement parce qu’elle serait « la solution objective ».
L’étude empirique Human factors in digital manufacturing technology adoption (2025, Springer) révèle un contraste marqué :
Ce décalage alimente le sentiment que la direction cache la réalité ou n’entend pas ce que les travailleurs vivent.
Ce n’est pas un débat idéologique. C’est un constat empirique, récurrent, documenté.
Les faits sont clairs :
Oui, l’IA génère certains nouveaux emplois. Mais elle en détruit beaucoup, et souvent plus.
Le déséquilibre touche surtout :
Les dirigeants ont donc raison sur un point : l’IA apporte du progrès.
Mais ils se trompent, ou maquillent la réalité, lorsqu’ils affirment que ce progrès sera neutre ou positif pour l’emploi.
Le biais n’est pas seulement cognitif : il est systémique.
Compétitivité, pression des actionnaires, recherche de marge : l’adoption de l’IA n’est pas un choix, c’est une nécessité pour survivre.
Dans ce contexte, reconnaître publiquement :
« Nous allons réduire les effectifs »
expose à : une mauvaise image publique, des tensions sociales, des réactions politiques, un risque de boycott, la démobilisation interne, etc …
L’enjolivement devient un mécanisme de protection.
La croyance selon laquelle la technologie « libère » et « valorise » le travail est profondément ancrée dans la pensée managériale issue du XXᵉ siècle (Taylorisme, modernisme, Silicon Valley, etc.).
Ce n’est pas un mensonge : c’est une idée reçue, mais fausse dans bien des cas.
En France comme ailleurs, licencier massivement pour moderniser est socialement difficile à assumer.
Le discours rassurant permet de « faire passer » la transition.
Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais d’être clair :
La franchise nourrit :
Ce discours n’est pas anxiogène : il est adulte.
La littérature ergonomique le montre :
plus on associe les équipes tôt, plus la transformation est acceptée et efficace.
Concrètement :
L’IA ne doit pas être imposée : elle doit être co-construite.
Les études convergent : la clé n’est pas de remplacer, mais de transformer.
Un leadership responsable investit dans :
C’est aussi une façon de redistribuer la valeur créée par l’IA… vers l’humain.
Les chercheurs parlent de plus en plus de “human-machine teaming”.
Le but n’est plus de remplacer, mais d’articuler humain et machine.
Le dirigeant doit poser une question centrale :
« Quel travail voulons-nous protéger ? Quel travail voulons-nous sublimer ? »
Cela devient un choix politique, au sens noble du terme.
Le dirigeant doit :
Ce leadership-là est rare, mais c’est celui que demandent les transformations actuelles.
L’IA et les robots transforment profondément le travail. Le nier ou l’enjoliver ne protège personne.
Au contraire, cela fragilise la cohésion sociale, la confiance et l’engagement.
Ce dont nous avons besoin :
L’IA n’est pas l’ennemi. La robotisation n’est pas une catastrophe en soi.
Mais leurs impacts exigent un dirigeant qui ne joue plus le jeu du discours facile, un dirigeant qui choisit la voie du Sensei moderne : clair, ferme, courageux, humble… et profondément humain.
Article rédigé par Thierry Huss-Braun, Dirigeant de GO4HUMAN
© 2025 – Tous droits réservés à GO4HUMAN