
La transparence des salaires n’est plus une lubie de consultants ou une revendication syndicale marginale : elle devient une obligation légale en Europe, avec une directive européenne (Directive (UE) 2023/970) à transposer dans les droits nationaux avant le 7 juin 2026. Cette réforme impose notamment l’affichage des fourchettes salariales dans les offres d’emploi, l’interdiction de demander l’historique des salaires aux candidats, l’accès des salariés aux critères de rémunération et des obligations de reporting sur les écarts salariaux (sexe, handicap, etc.).
C’est un changement profond : ce n’est pas un ajustement cosmétique, c’est une réorganisation du système de rémunération. Les entreprises qui n’intègrent pas ces règles de façon structurée auront tôt fait de voir des tensions internes, des contentieux, et un climat social fragilisé parce qu’elles auront laissé les perceptions salariales se faire dans l’ombre plutôt que sur des bases factuelles et partagées.
Les DRH le disent sans langue de bois : afficher des salaires fait peur. Pas tant parce que ça coûte, mais parce que ça dévoile des incohérences, des injustices et des stratégies de rémunération qui, jusqu’ici, étaient floues voire opaques. Un vrai changement fait sortir du confort des « on fait comme ça parce que toujours fait comme ça ». C’est un choc culturel : le salaire n’est pas qu’un nombre, c’est un signal de valeur, de reconnaissance, et un marqueur d’équité. Quand on le rend visible, on met en lumière ce que chacun pensait déjà mais que personne n’osait verbaliser : les biais, les incohérences, les injustices réelles ou perçues.
Sébastien Bohler, dans ses travaux vulgarisés sur le striatum (notamment dans Striatum : comment notre cerveau peut sauver la planète et Le Bug humain), insiste sur le fait que certaines structures cérébrales sont programmes pour rechercher la récompense immédiate, la minimisation des efforts, la domination sociale et les gains rapides.
Si on transpose cette grille au monde du travail (sans tomber dans un déterminisme biologique simpliste) :
Ce qui est intéressant stratégiquement ici, ce n’est pas d’entrer dans la controverse scientifique du striatum (certains neuroscientifiques contestent une lecture excessivement déterministe des faits) ; c’est de reconnaître que nos réactions face à la transparence ne sont pas purement rationnelles : elles sont émotionnelles, comparatives et immédiates.
La transparence salariale ne se met pas en place comme on met à jour un logiciel RH. C’est une transformation culturelle. Voici ce qui fonctionne, et ce qui doit être mis en place avant, pendant et après :
Dire « voilà combien chacun gagne » sans explication, c’est jeter de l’huile sur un feu déjà attisé par nos réponses émotionnelles structurelles. Il faut :
La transparence salariale va provoquer des frictions. Celles qui émergeront ne sont pas des bugs, elles sont révélatrices :
Traiter ces symptômes demande du courage organisationnel, pas de l’optimisme béat.
Les résistances ne viennent pas de la technique, elles viennent de la peur de l’exposition, de l’inquiétude vis-à-vis des comparaisons sociales, et de la fragilité des narrations internes qui justifient certaines décisions salariales depuis des années sans confrontation ouverte aux données.
C’est un changement brutal, mais qui force l’entreprise à devenir plus équitable, plus lisible et finalement plus attractive sur le long terme. Refuser ça, c’est refuser la vérité dans ton organisation. Et la vérité, mal gérée, punit plus que le silence, parce qu’elle finit toujours par sortir.
Lien vers l’article de CAPITAL
Par Thierry Huss-Braun, Dirigeant de GO4HUMAN
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