Il est 6 heures.
Le jour se lève à peine, et la maison dort encore. C’est mon moment.
Un thé fumant, la lumière douce de la lampe, et ce silence, dense, presque vivant.
Je m’assois. Je respire. Et je sens que quelque chose en moi s’ouvre.
Ce n’est pas un vide, c’est un espace. L’espace où les idées naissent.
Depuis des années, je chéris ces moments de solitude.
Je crois qu’ils m’ont sauvé plus d’une fois, à la fois comme homme, comme coach, et comme manager.
Dans ce monde où tout s’accélère, où la parole se déverse sans pause, j’ai appris à écouter… le silence.
J’avais cette croyance qu’être un bon manager, c’était être partout : disponible, présent, réactif.
Je passais mes journées à répondre, à décider, à trancher.
Et le soir, je n’avais plus d’énergie.
J’étais vidé, sans idées, sans souffle.
Un jour, un ancien directeur m’a dit :
« Thierry, si tu veux être entendu, apprends d’abord à t’entendre toi-même. »
Sur le moment, j’ai souri, sans comprendre.
Mais plus tard, j’ai saisi le sens profond de ses mots :
tant que je restais branché sur le bruit extérieur, je perdais le fil intérieur.
C’est là que la solitude est devenue une alliée.
Non pas la solitude triste, mais la solitude choisie.
Celle qu’on apprivoise comme un compagnon de route.
Dans l’Aïkido, on parle souvent du “ma”, cet espace vide entre deux mouvements.
C’est là que tout se joue. Entre l’action et la réaction, il y a un instant de silence, de conscience pure, où le corps et l’esprit se rejoignent.
La solitude, pour moi, c’est ce “ma” dans la vie professionnelle.
C’est le lieu où je me reconnecte à moi-même, où je retrouve ma posture juste.
Quand je m’assieds seul, sans bruit, sans objectif immédiat, mes pensées se réordonnent.
Ce que je croyais urgent se révèle souvent secondaire.
Ce qui paraissait confus devient clair.
C’est dans ces moments que mes plus belles idées ont germé : un concept de formation, une nouvelle approche de supervision, une intuition sur le sens du leadership harmonieux.
Être manager, c’est parfois être seul, même entouré.
Seul pour décider, seul pour tenir, seul pour incarner.
Mais cette solitude-là, si on l’accueille au lieu de la fuir, peut devenir un appui formidable.
Quand on prend le temps de se retrouver, on cesse de réagir et on commence à répondre.
On écoute ses émotions, on observe ses résistances, on apprend à ajuster.
Et, paradoxalement, on devient plus disponible aux autres.
J’ai remarqué que, lorsque je m’accorde ces moments de retrait, mes relations deviennent plus fluides.
“Je parle moins, mais je parle juste.”
“Je n’impose plus, j’inspire.”
“Je n’improvise plus, je crée.”
J’ai fini par installer des rituels simples.
Rien de grandiose, mais puissants par leur régularité.
Ces temps de solitude ne m’éloignent pas du monde.
Au contraire, ils me ramènent au monde, mais autrement.
Plus centré, plus lucide, plus aligné.
La psychologie moderne le confirme : la solitude choisie renforce la clarté mentale, réduit le stress et stimule la créativité. Mais au-delà des études, c’est une expérience humaine : celle de se retrouver, de se réconcilier avec soi-même.
Dans la solitude, je ne fuis pas.
“Je me retrouve.”
“Je reprends contact avec ce que j’aime, avec ce que je veux transmettre.”
“C’est le lieu où le coach, le manager et l’homme se rejoignent.”
Avec le temps, j’ai compris que la solitude n’est pas une absence de lien, mais une préparation au lien.
C’est dans le silence que je redeviens capable d’entendre les autres.
C’est dans le calme que je peux accueillir leurs tempêtes.
La solitude, c’est mon dojo intérieur.
Un espace de respiration, de recentrage, de création.
C’est là que je redeviens pleinement vivant …
Par Thierry Huss-Braun, Dirigeant de GO4HUMAN
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